Bien souvent, nous nous voyons réclamer de nouvelles chroniques ou le tome 2 des bars de la fin du monde. Hélas, la moitié d’entre nous (c’est à dire Mac) a depuis émigré par delà l’horizon, en terre québécoise. C’est à l’occasion de ses courtes vacances à la Maison Mère que nous avons la joie de vous présenter deux chroniques inédites et rédigées pour le coup.
Le premier bar que nous avons découvert, sur la route qui devait nous amener aux Parfums de Beyrouth pour un traditionnel Kebab, pitance apparemment inconnue au Canada, fut le Sagres Café. Boudants la terrasse et l’air vicié des routes labyrinthiques des Pâquis, nous entrâmes et commandâmes deux bières. Comme son nom ne l’indique pas ; le Sagres Bar sert de la Super Bock en pression, dans des verres Heineken, pour la modique somme de 3.50 Frs les 25 cl. La rafraichissante boisson était en outre accompagnée d’une petite assiette contenant deux épaisses tranches de jambon, une terrine de ce qui nous a semblé être du sanglier, deux morceaux de fromages, deux tranches de pâté en croûte et quelques tranchettes de pain. Il faut dire qu’aux vues de la machine a trancher et de l’étalas de boucher, le bar semble avoir un bon stock pour les amateurs de viandes.
D’un bout à l’autre de l’échoppe, ce n’est pas un bar mais deux bars (un en bois et un autre peint en vert) qui occupent l’espace. La lumière au néon est soulignée par trois télévision : sur l’une d’elles, on pouvait assister a une émission de variété portugaise avec costumes et danses traditionnelles, sur l’autre un reportage sur le cinéma pakistanais et sur la dernière, plus éloignée, un show de real TV Au plafond, une boule a facette et un spot coloré « fait maison » promets des soirée en fêtes. L’ambiance sonore était assurée par une compil’ de salsa.

Niveau décor, un pantin triste nous fixait du haut du comptoir, sous une impressionnante collection de bouteilles (dont une Sagres Zéro, appellation que nous pensions limitée aux sodas) et deux tactilos clignotaient au rythme de la musique. Nous engloutîmes nos bières et partîmes a la conquête du Kebab, puis du bar suivant.
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Poursuivant notre route, nous arrivâmes vers un coin que nous avions repéré depuis un moment, et dont le nom reflète la motivation à y entrer : Le Reculet.
Authentique bar de la fin du monde, le Reculet est vide, froid, sent la poussière de vieille cave, est éclairé au néon et dépeint au couteau. On s’est attablé au fond ; l’un ayant une vue lumineuse sur le parking à travers les volets « Ricard », l’autre profitant de la rue menant à la gare et de son cortège de toxicomanes hauts en couleurs de tons de gris.
Le patron, un homme courbé sous le poids des années et vêtu d’une chemise à carreaux nous apporta deux Feld’ de 0.25 cl à 3.50 Frs que nous bûmes en observant le décors : écharpe de foot espagnole, mini-drapeau suisse rectangulaire, radio débranchée, clown de circonstance et calendrier d’un restaurant chinois-vaudois « La Baie d’Ha Long et Poulet Rôti (Gland) ».
Le mobilier fait de bois épais est fait pour durer, les nombreuses traces de brûlé témoignent de l’époque bénie ou les bars (de la fin du monde ou non) étaient fumeurs. Au centre de la pièce, des chaises étaient montées sur les tables et côtoyaient les courses du jour. Le silence de mort qui règne dans le bar, d’ailleurs de bonne taille, est mis en valeur par le grésillement de la petite télé au dessus du bar.


Après avoir payé et rassemblé nos affaires comme on quitte son percepteur d’impôts, nous avons encore eu l’occasion de voir le patron s’engouffrer en direction de la cave, dans des escaliers apparemment infinis, sombres et raides comme nos gosiers. Bonne chance, patron.
















