36 rue St-Joseph
Surnommé « l’asile » ou « l’hospice » par les habitants du quartier, Le Café du Cinéma est une véritable légende findumondesque carougeoise. Il était donc depuis longtemps ancré dans notre ligne de mire.
Après avoir tournés du côté des bars de Plainpalais, nous attaquions Carouge le baume au cœur et le foie en vadrouille, quand l’établissement se dressa devant nous.
L’antre était sombre et vide, décoré dans le plus pur style chalet suisse et enjolivé par quelque éléments que nous ne tardâmes pas à répertorier: tabourets dépareillés, écuelle pour chiens, drapeau suisse, fausses poules miniature entourant des œufs, hotte anti-fumée au plafond, panneau rouge « Alain Rod, Luna Park », juke-box, distributeur de cacahuètes et tactilo à écran plat. En face de nous, une écharpe « Finale Playoffs servette/zurich » nous rappella les bonnes histoires de Marcel, au Tacot Bar dont les lecteurs assidus se souviennent bien.
On nous apporta nos deux Feld’ à 3 francs 30 et la radio entama un vieux morceau de Jhonny Halliday. La table du fond à laquelle nous étions accoudés était décorée de noms gravés au couteau: Nadine et Serge étaient ainsi liés pour l’eternité.
Un peu plus loin, au bar, la tireuse arborait deux autocollants: le connu et souvent redouté sticker des Hell’s Angels ainsi que celui du Mercenaries M.C qui avaient l’air plus sympathiques.
Sur ces entrefaites, trois clients, la cinquantaine, qui zonaient en terrasse, gros bides et chemises à carreaux pour les deux premiers; jupe courte, talons hauts et veste en cuir pour la dernière, entrent dans le café. Ils s’accoudent au zinc et entament ce dialogue d’anthologie:
Un des gars, sortant un maillot de bain du sac de la fille:
- T’as vu ça? Dans ces bureaux, ça fout rien et ça prend un maillot au cas où y aurait encore plusse moyen de rien foutre.
L’autre gars, saisissant l’opportunité de faire une bonne blague:
- C’est çui de ta fille? T’aurais pu enlever les poils!
Le premier, reprenant la balle au bond:
- …et ton gros cul y rentre là dedans?
Et ainsi de suite. La fille se contentant de tenter de fermer son perf’, les deux zigotos riants joyeusement.
En partant aux toilettes, on remarqua le miroir Heineken au nom du bar, côtoyant l’affiche géante du 24eme festival des yodleurs. Respect les mecs.
Le comptoir richement décoré
Quelques gravures rupestres en guise de “Hall Of Fame”






