18 R. Buttini.

 

Nous étions toute une bande, batifolants en plein barathon à la Rue de Lausanne quand une enseigne attira notre attention.

La carte de visite: chef d’œuvre de graphisme contemporain.

Le bar était tout en longueur, on se serait difficilement assis autour d’une table, d’autant que la seule grande était occupée. On se posa donc au zinc et commandâmes une tournée de Carlsberg à trois francs cinquante.

Le patron, d’un sourire partiellement édenté, nous appris qu’il n’avait plus de verres propres. Il lança donc une machine et nous fit patienter en servant à l’un d’entre nous une bière dans le seul verre qui avait échappé à la règle.

Au bout de quelques minutes (lavage, séchage et tirage du nectar) nous trinquions à la santé de la fin du monde, tandis que quelques étranges peaux surnageaient dans mon verre. Je ne peux pas parler pour les autres, mais mes efforts pour les enlever se révélèrent inefficaces.

L’amménagement était plutôt rustique: baril incrusté dans le mur et décoré de fausse vignes, tables dont les pieds étaient remplacés par un tonneau, drapeaux, écran plat et tout le tintouin habituel.

 

Jorge la poule.

Devant nous s’étalait un micmac de verres, bouteilles, ustensiles divers, petits bibelots et une collection de sauce maggi et d’aromat. Un peu plus loin, un essaim de moucherons se régalaient des miasmes de l’évier.

De temps en temps, un courant d’air provenant des toilettes pouvaient laisser penser que des problèmes d’égouts sévissaient depuis peu dans les lieux.

Une fois les hiéroglyphes de la quittance déchiffrés et la tournée réglée, nous sortîmes dans le crépuscule naissant et partîmes vers l’horizon biscornu dessinant la silhouette des pâquis.

La quittance: chef d’œuvre de mise en page informatique.

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8 Rue de Neuchâtel

Y aurait-il un fin jeu de mot dans le nom de ce bar? Sachant que nous n’auront sûrement jamais la réponse à cette questions, nous entrâmes dans le Bêtises Bar, où une charmante serveuse eût tôt fait de nous apporter deux 1664 à 3.50 Frs.

En face de nous, un home cinéma diffusait des clips de RnB latino (grosse bagnoles, gros seins et bling-blings à volontés). Nous ne remarquâmes pas immédiatement le logo de la chaîne, pensants êtres tombés une fois de plus sur une sous-section de MTV. En fait, il s’agissait du logo de l’établissement; grande première pour nos innocentes personnes qui ne fréquentons pas les bars lounges, où cette pratique doit sans doute être courante.

Nous en avons déduit que les clips devaient également avoir été sélectionnés par la direction du lieu, ce qui atteste d’un goût plus que relatif pour Mozart et Beethoven.

Comme dans toute bonne installation vidéo qui se respecte, les caissons de basses semblaient être de bonnes factures. Par contre, leur place (au fond du café, par terre, derrière une table) ne permettaient pas de goûter pleinement leurs capacités. Tant mieux, d’un côté.

On sent, malgré la situation de l’arcade en plein quartier chaud/prolo/délabré, une volonté d’avoir l’air classe: un accès wi-fi gratuit pour le côté tech’, un mobilier plutôt tendance pour le style et quelques esquisses représentants des perroquets apparemment dessinés au feutre côtoyant l’écran géant pour l’ambiance. Aboutissement de l’art contemporain, une rangée de bouteilles de Super Bock vides dans lesquelles on avait plantés des fleurs complétaient le tableau!

Malheureusement, on ne change pas des centaines d’années de traditions paquisardes, et les clients affalés sur la terrasse détonnaient un peu sur la palette « pimp » en éclatants de gros rires et en grattant les traces de plâtres sur leurs bleus de travail.

Alors que nous allions payer l’addition, un client à l’ossature lourde, vêtu d’un t-shirt bleu ciel lança cette phrase mémorable, surtout hors contexte: « Arrr! C’est malin, je vais devenir un gros porc maintenant! » et sorti le dos voûté en allumant une clope.

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5, rue de Neuchâtel.

On sortait du Parfum de Beyrouth, un des meilleur kebab de Genève, la bouche pleine de sauce à l’ail, et l’envie de bière et de chronique nous titillait déjà l’esprit.

En tournant un peu, après avoir traversé les rues chaudes, nous tombâmes sur une authentique rue de la fin du monde: quasiment un sans faute tout au long du barathon!

Le premier bar semblait désert, voir abandoné. Les rideaux jaunes ne nous permettant pas de voir à l’intérieur; nous poussâmes la porte. Aussitôt, un cri d’enfant se fit entendre: lui avait on coincé le doigt dans la charnière? Apparemment pas. C’était simplement deux enfants qui s’amusaient devant la télé, assis sur le sol du restaurant vide.

L’autre côté de l’établissement, la « vraie » entrée s’ouvrait sur une terrasse accueillante. L’intérieur, par contre était plus froid. Mur en pierre, néons délavés, quelques jeux d’écrans tactiles peu enthousiasmants, tableau en relief portugais. Sur le bar, un décapsuleur en forme de capsule de Super Bock géante illuminais le zinc par son goût si sûr. C’est d’ailleurs deux bouteilles de cette fameuse bière portugaise que l’on nous servit, pour la modique somme de trois francs.

Deux télés mal rêglées diffusaient la daube habituelle -clips de biatch qui se déhanchent sur des voitures de sport d’un côté et match de foot de l’autre- qui dégoulinait, allégoriquement parlant, sur les clients du troquet.

Autour de nous, deux panneaux indiquaient à six reprises « Non fumeur » en deux langues. Ce qui faisait en tout, bougez pas que je calcule, six fois deux panneaux fois deux langues…vingt-quatre rappels de la nouvelle loi en vigueur.

Nous sommes repartis comme nous étions venus. Dans la salle du restaurant, un ventilateur à la Chuck Norris faisait onduler les nappes. A la télé, un présentateur demandait à deux joueurs quel était le fond d’écran le plus utilisé au bureau. Avant de partir, nous remarquâmes sur le mur du fond un dernier panneau « Non fumeur » cette fois plus discret et à un seul exemplaire.

L’entrée côté restau. De l’autre côté c’est plus joli, mais on est pas objectifs.

 

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22, Rue du Prieuré

Un petit tour sur Wikipédia vous apprendra que Jeanne-Antoinette Lenormant d’Etiolles née Poisson, Marquise de Pompadour, fut une favorite célèbre du roi de France et de Navarre Louis XV, née le 29 décembre 1721 à Paris et morte le 15 avril 1764 à Versailles. 

C’est aussi le nom d’un bar situé aux Pâquis, un peu éloigné des sex shops et des kebabs qui font la gloire et la réputation du quartier.

La déco Ikéa sentant le neuf nous fit immédiatement comprendre que l’arcade venait d’être rachetée. Des morceaux de contreplaqué estampillés Duropal, posés la tête en bas, cachaient de façon incongrue les radiateurs et un nombre remarquable de prises secteur et de prises téléphoniques qui témoignaient probablement d’une utilisation posthume de l’espace comme cybercafé ou comme bureau de trucs-qu’on-fait-avec-des-ordis.

Une petite surélévation qu’on ne pourrait nommer duplex, peu éclairée et peu avenante, nous faisait face. Les clients qui avaient tenté l’expérience d’y monter semblaient voûtés sur leurs verres tant le plafond était bas. Une sorte de demi-étage. Ceux qui ont vu « Dans la peau de John Malkovitch » auront reconnu la référence.

Un écran géant et un projecteur dormaient paisiblement au plafond, mais un certain nombre de coupes, fanions et ballons de foot-lampions témoignaient d’un attrait pour les matches, qui sont probablement projetés durant les longues soirées de championnat.

Sur le bar, un Ez-Maxx connu comme « le premier jeu de mérite tactile LCD » semblait tenir tête à tout les Tactilo qui fleurissent habituellement dans ce genre d’endroits. Mais comme par vengeance, deux de ces bornes se sont dévoilées à notre regard, dès le tournant menant aux W.C. Dans les aisances elles-mêmes, un poster vantait le dernier album de « Papoune D.Beck » (si quelqu’un à une info sur ce chanteur on est preneur).

Une musique pop-africaine nous berçait, quand deux policiers (des agents municipaux, en fait) débarquèrent dans le troquet sans même ôter leurs casquettes. Un spasme de stress me fit renverser le verre de Feld’ à 3.50.- sur l’ami Mac sans nulle autre procès.

Finalement, ils ne cherchèrent pas noises, et se contentèrent d’un café. Ils ne bronchèrent même pas lorsque la serveuse remarqua des moustaches daliennes que j’avais malicieusement dessiné sur le billet de banque que je lui tendait.

En sortant, un panneau défaitiste “Swiss Lotto - à gagner: 0 million(s)” apporta le dernier détail qui manquait au potentiel findumondesque de l’endroit.


Ah bin je crois que je vais pas jouer, aujourd’hui.

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