18 R. Buttini.
Nous étions toute une bande, batifolants en plein barathon à la Rue de Lausanne quand une enseigne attira notre attention.
La carte de visite: chef d’œuvre de graphisme contemporain.
Le bar était tout en longueur, on se serait difficilement assis autour d’une table, d’autant que la seule grande était occupée. On se posa donc au zinc et commandâmes une tournée de Carlsberg à trois francs cinquante.
Le patron, d’un sourire partiellement édenté, nous appris qu’il n’avait plus de verres propres. Il lança donc une machine et nous fit patienter en servant à l’un d’entre nous une bière dans le seul verre qui avait échappé à la règle.
Au bout de quelques minutes (lavage, séchage et tirage du nectar) nous trinquions à la santé de la fin du monde, tandis que quelques étranges peaux surnageaient dans mon verre. Je ne peux pas parler pour les autres, mais mes efforts pour les enlever se révélèrent inefficaces.
L’amménagement était plutôt rustique: baril incrusté dans le mur et décoré de fausse vignes, tables dont les pieds étaient remplacés par un tonneau, drapeaux, écran plat et tout le tintouin habituel.
Jorge la poule.
Devant nous s’étalait un micmac de verres, bouteilles, ustensiles divers, petits bibelots et une collection de sauce maggi et d’aromat. Un peu plus loin, un essaim de moucherons se régalaient des miasmes de l’évier.
De temps en temps, un courant d’air provenant des toilettes pouvaient laisser penser que des problèmes d’égouts sévissaient depuis peu dans les lieux.
Une fois les hiéroglyphes de la quittance déchiffrés et la tournée réglée, nous sortîmes dans le crépuscule naissant et partîmes vers l’horizon biscornu dessinant la silhouette des pâquis.
La quittance: chef d’œuvre de mise en page informatique.








