63 bd de St-Georges

Essayez un peu de trouver un bar ouvert un dimanche de Pentecôte, qui plus est à 22h un soir de pluie. L’appellation exacte de cette attitude est masochisme, mais on peut aussi la définir par obstination maladive contre vents et marrées.

Bref, nous étions trois, nous étions trempés et nous ne trouvions d’ouvert que quelques kebabs malodorants. Soudain, une arcade se dresse devant nous comme un flan aux pruneaux se dresse devant un ventilateur. Vitrine vide et insipide; le citoyen lambda aurait pu passer dix fois devant sans le remarquer; mais nous sommes des spécialistes.

La souricière! Voilà un nom findumondesque comme on en fait plus. Le trou à rat ou le nid de cafards n’aurait pas été plus chic.

Une fois à l’intérieur, c’est comme si nous avions franchis un portail interdimentionel: nous nous attendions à un bistrot de quartier moisi peuplé de vieux suisses rougeaud. Il n’en fut rien. L’ambiance était typiquement africaine: masques aux murs, tables basses en rondins de bois, fauteuils multicolores, chants et tam-tam. Clientèle noire ébène, serveuse lookée « grosse mama ».

Nous regardions autour de nous. Un carton fluo indiquait « coca : 35! » au dessus de la cheminée. Deux autocollants Genève Servette plus que passés témoignaient probablement d’un ancien propriétaire plus « local ». Un tableau noir annonçait le menu: Ragoût de queue de bœuf. Ça ce mange? Faut croire.

Comble du bon goût, un poster au dessus du bar représentait un dessin des plus cocasse: une fille-souris coincée dans un piège, avec un mec-souris en train de la prendre par derrière. Eeeek.

La patronne arrive vers nous et prend la commande. Ce fut trois bières. Elle revint pour savoir si on voulait des petites ou des grandes. On prit des petites. Elle revint pour savoir si on les voulait dans un verre ou à même la bouteille. On économisera une vaisselle, nous choisîmes le goulot. Elle nous apporta les bières et la quittance. Nous en eûmes aussitôt le souffle coupé: 5.- la bouteille d’Heineken! Les tables voisines en buvait également, mais au format litron.

Nous essayâmes de savourer au mieux nos amères breuvages. Derrière nous, une bibliothèque semblait avoir été plongée dans une piscine, tant les livres étaient abîmés. Quelques pages volantes et jaunies, quelques reliures isolées de tout contenu, des vieux magazines cornés et des romans qui avaient probablement été achetés en lot de liquidation au marché aux puces. Nous retentâmes « Le Sang Impur » et quelques Metal Hurlants, qui n’étaient plus en état d’hurler quoi que ce soit.

Une cliente, depuis les toilettes: « Mama! Il y a plus de lumière! » et ladite Mama de rabaisser le disjoncteur sciemment encastré dans le bar pour relancer la machine.

On s’est cassé après la douloureuse, en emportant ce joli flyer publicitaire:

La Souriciere

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4, Quai du Rhône

Trouver un bar ouvert un dimanche soir n’est pas chose aisée, sauf quand il s’agit d’un Bar de la Fin du Monde en bonne et dûe forme.

La communauté portugaise genevoise, très nombreuse mais de bonne compagnie, est assez présente dans le milieu de la restauration. On le ressent surtout lors des matches de foot, où drapeaux et cris sortent des cafés pour illuminer la monotone Cité de Calvin.

Dimanche soir, donc. Plein hiver. Nous traversons le pont Sous-Terre où les lampadaires oranges se reflètent dans les flaques d’eau. Quelques rares voitures sillonnent les alentours, fantomatiques bolides de lumières disparaissant au loin.. La bonne ambiance quoi.

Bref, on rentre dans le troquet portugais du coin: le « Ole » bar. L’un  de nous s’y étais déjà aventuré quelques fois, notamment un jour d’envie de grosse commission irréfrénable. Les toilettes du Café lui avait pour ainsi dire sauvé la vie, ou du moins la face.

Une autre fois, un client éméché au physique de catcheur en fin de carrière nous avait mis en garde sur le fait que les punks n’étaient pas les bienvenus ici; avant de se faire rasseoir par son voisin de tabouret.

Un établissement prometteur, donc, qu’il nous tardait de chroniquer.

Composé exclusivement d’hommes jouant au Poker à la lumière de la TV « du pays » - et malgré le poster géant de Mona Lisa fumant un joint - la population du soir ne semblait pas très encline à la rigolade avec des nouveaux venus. 

Le barman ne parlant français que de façon imagée, nous désignâmes la tireuse de bière avec l’international couple de doigts signifiant « patron: servez nous donc de votre meilleur tonneau de cervoise fraîche; le chemin nous a grandement assoiffé. Et des cacahuètes, si c’est possible. »

En fait de cervoise fraîche, nous dûmes nous contenter de deux pauvres bouteilles de Super Bock 25cl à 3 Francs; et en fait de cacahuètes…d’un plat de cassoulet format « de bonne facture » avec des cures-dents pour piquer les saucisses!

Détail intéressant: la structure du bar, en bois, style rustique; est très bien faite. De mauvaises langues aurait rebondis sur le sujet en disant « bien sûr, quand on a des relations dans le métier du bâtiment c’est facile ». Mais nous, on est pas comme ça…

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13, Avenue de la Jonction

C’est en s’engageant en direction de l’ancien dépôt TPG de la jonction que nous sommes tombés sur ce débit de boissons comme on les aime. Avec une devanture classique des bâtiments de fin XIXe, de grandes vitres donnant sur un intérieur aéré vêtu d’un crépi récemment repeint, l’établissement peut se gauger d’avoir pas une ni deux mais bien trois portes. La première placardée d’un panneau « porte hors service »… qu’à cela ne tienne ! La deuxième barricadée par une borne à fléchettes ! Hum… arrivés devant la troisième, même topo ! 

Après une longue minute à considérer les différentes options qui s’offraient à nous et vu ce premier contact avec l’endroit qui s’avérait plus que prometteur, il nous fallait entrer. Nous choisîmes donc la première, qui s’avéra en parfait état d’usage.

Quelle bonne blague que celle dont nous venons d’être victime. Haha.

Alors que nous voici entrés dans le lieu, pouvant respectablement accueillir ses 70 clients assis, on ne put empêcher de se faire assaillir d’une pub NRJ assurément plus forte que l’homme de loi suisse ne l’a prévu le tout sur un décor de récup’, de miroirs XVIIIe, de vieux fauteuils tendus de rouge, d’un bar ultramoderne et d’arcades. Quelques vieux beaux dans le fond, apparemment surpris quelques secondes de l’entrée de notre dégaine de gens du peuple.

Commande passée, sous bock Heineken posés sur la table, surmontés de verres Cardinal de 25cl, eux-mêmes emplis de Carlsberg… De quoi tuer tous les fournisseurs et brasseurs hollando-dano-suisses des dites marques. Mais la marque danoise nous délivrât là une bière aussi bonne qu’elle les fait en Suisse pour la somme correcte de 3.30.- 

Malheureusement notre empressement à chroniquer un prochain bar nous empêchât de tenter une petite partie de fléchettes….

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16, Boulevard Carl-Vogt

Il état tapis derrière des vitrines teintées noires dans le plus pur style boîte de nuit échangiste; on avait failli le rater. Un habitant du quartier nous ayant confirmé qu’il s’agissait bien d’un bar; nous avons poussé la porte. Aussitôt, une pièce blanche contenant quelques rangées d’ordinateurs nous est apparue.

Apparemment peu enclins à la chaleur humaine, quelques utilisateurs répondirent à notre timide « bonsoir » par le clapotis des claviers de cet étonnant cybercafé. L’ambiance rappelant aux initiés que nous sommes une quantité de références peu rassurantes, du genre THX 11-38 ou 1984 de Georges Orwell. Nous passâmes donc la première pièce silencieusement, en nous attendant a tomber sur un détecteur d’identité biométrique, un portrait de Big Brother ou une patrouille de robocops. La suite allait être toute autre. Le décors changea du tout au tout. Restant néanmoins dans le registre de la science-fiction, mais plutôt à la manière « 80’s » type Terminator ou Les Tortunes Ninja. Voir même Gremlins.

Nous traversons l’immense pièces (facilement une trentaine de place assises) remplie jusqu’à la gueule de jeux d’arcades, babyfoot, billard, flippers, écrans géants, etc… pour nous asseoir à la table la plus éloignée de notre première entrée (le bar occupe tout le rez-de-chaussée, il y a donc deux entrées). La bruyante population (faut couvrir le bruit des machines) fréquentant le troquet est plutôt du genre qui filerait des boutons à Sarkozy: bandes de jeunes rappeurs, coupe G.I, vestes en cuir/cols en fourrure. La Jonction, quoi.

Quand à la décoration murale, elle inspirait un subtil mélange entre le Nautilus (hublots de sous-marins accrochés aux murs) et 2001 l’Odysée de l’Espace (galaxies peintes derrière lesdits hublots). Quand on vous disait que ça sentait la S.F… Bref, la tenancière ou une serveuse, qui sait, s’approche de nous et nous tint a peu près ce langage:

- Kesske j’vous sert?

- Une bière.

- Et vous?

- Une bière blanche, si vous avez.

- Bah toutes les bières sont blanches, non?

- Heeu non, en général c’est de la blonde.

- Blonde, blanche, quelle différence? Vous voulez une bière, quoi?!

- Heu bon d’accord…

Nous n’étions pas au bout de nos surprises, puisque l’un de nous a été servi dans un verre de 30cl, et l’autre dans un de 25cl. Pour le même prix, donc (3.30.-). Mais au moins c’était de la blonde, et de la bonne, c’est déjà ça de gagné. Précision pour les gourmands: on ne nous a pas servi de cacahuètes mais on s’est permis d’en emprunter sur une table voisine, preuve qu’avec un peu de volonté on arrive a quelque chose.

Un panneau sur la porte des aisances.

Un panneau sur la porte des aisances.

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