Rue des Confessions 21

Les lecteurs assidus se souviennent de nos péripéties a travers le quartier de St.Jean, sous la pluie. Avant d’arriver au café-restaurant Chez Tomy, chroniqué plus bas, une arcade avait miraculeusement eu la folle idée de rester ouverte. Nous pûmes donc y enter pour nous réchauffer autour d’un bon café.

Non, bien sûr on a pris des bières mais je dis ça de façon allégorique.

C’était d’ailleurs une chance qu’il ait eut de l’alcool dans cet endroit, puisque l’enseigne promettait un tea room, et que ce genre d’établissements ne sont pas toujours friands de fumée, alcool, rires gras et matches de foot comme on les aime.

Celui là faisait exception a la règle.

Le logo du tea room « La Fontaine » aurait pu être, chez des gens manquants d’imaginations, une fontaine ou un jet d’eau quelconque; mais la vitrine préférait ici le charme inattendu et élégant d’un sympathique canard.

Immédiatement à côté de notre table, entre la machine à cigarettes surmontée d’un fer à cheval rouillé et la porte des aisances, trônait une sorte de vestiaire où pendait quelques habits et un grand nombre de cintres de divers tailles et couleurs, agrémenté d’une pile considérable de caisses en plastiques. Au dessus de nous, une télé éteinte semblait défier une de ces consœurs allumée et qui diffusait une série américaine, probablement humoristique à la base, que nous n’avons pu identifier.

On semblait être amateur d’art pictural dans le coin; puisque plus au fond, du côté du zinc, un grand tableau représentant une femme nue faisait face à une série de plus petits tableaux bleus décorés de coupures de journaux et de divers paysages moches. Contre la vitre, et près des deux tactilos, quelques plantes, fausses ou transgéniques mais qui ne disaient rien qui vaille, tenaient compagnie à deux grands drapeaux du Portugal et de la Suisse.

Sur notre table, un vieux cendrier « Veuve Cliquot » qui aurait préférer finir sa vie sur le chevet d’un hôtel de luxe semblait conter sa triste existence où, après avoir été abandonné par ses propriétaires au bord d’un trottoir, il avait été réduit à sucer des mégots pour survire avant d’être récupéré par un alcoolique qui lui fit subir les derniers outrages fumants avant de l’échanger contre une bouteille de mauvais vin rouge à un pucier malhonnête.

Comme nos deux verres de 1664 à 3 francs se vidaient sans broncher et que nous étions sur le point de partir, nous n’avons eu le temps que d’entendre cette merveilleuse bribe de conversation entre quelques clients qui, après avoir passé rapidement les sujets des maths, de l’orthographe et de l’analyse étymologique latine, tinrent les propos suivants:

J’ai vu à la télé qu’en Espagne ya un endroit où ils ont installés tellement de paraboles que c’est devenu une succursale de la NASA. Mais bien sûr ils font que bosser des émigrés, alors c’est un bordel pas possible. (…)

Merci, maîtres, pour ces informations primordiales.

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Rue du Contrat Social 4

On nous avait dit « le quartier de St. Jean grouille de bars! ». C’est faux: les seuls arcades que l’on peut y trouver sont des tea rooms et des restaus. D’ailleurs, ils étaient tous fermés, ce dimanche-là, alors que nous titubions sous la pluie avec la Tribune des Sports en guise de parapluie.

On fini tout de même par trouver une porte ouverte: celle du café-restaurant « Chez Tomy » qui semblait correspondre aux critères de bases. On s’est donc assis en attendant nos Feld Hopfenperle à 3.50.-.

La déco, tout de suite, nous frappa: un Elvis sur le bar, entouré de bric-à-brac, et encadré dans une guirlande clignottante semblait se dire « Mais qu’est-ce que je fous ici? » ou encore « Ne soit pas cruel avec un cœur vrai, je ne veux aucun autre amour, bébé, c’est juste toi à qui je pense ».

elvis

Alors que le service du restaurant allait commencer, un groupe de gens -probablement des amis des gérants- s’étaient mis en tête d’accrocher un support mural pour télévision, juste là, maintenant, au dessus des tables.

Ça aurait du être envoyé en 10 minutes, mais un point du mode d’emploi ne devait pas être clair; puisqu’ils n’avaient pas fait la moitié lorsque nous sommes partis. « On la met comment? Comme ça? » proposait l’un, en tenant un bout du support à 45°, debout sur une table. « Mais non, y a la lampe là. » rétorquait l’autre. C’est vrai que poser côte à côte un écran plat et une lampe n’est peut être pas une très bonne idée. Toujours est-il que le premier conclut par un « De toutes façon cette lampe n’a jamais vraiment marché » (alors qu’elle était allumée).

Derrière eux, le mur du restaurant faisait dans le rustique: une fourche en bois côtoyait des lampes old school et des délicieuses faïences. Ça ne jurait quasiment pas avec le coin bistrot qui était décoré de plaques émaillées représentants des petits chiens et des pubs coca-cola, au dessus d’un long rideau richement cousu et d’un petit auvent en bois.

Comme c’était plus ou moins le seul débit de boisson ouvert dans le coin, la salle se peuplait peu à peu d’une étrange faune que nous décririons par « des sortes de cailleras, mais vieux. » Casquettes, trainings, language « ouaiche-ouaiche », pose décontracté dite « du mollusque » et attitude sans-gène. Mais dans les trente, trente-cinq ans quand même…ça devrait pas grandir.

Nous partîmes alors qu’ils commençaient à draguer la serveuse qui devait bien avoir dix ans de plus qu’eux, en achevant un paquet de chips grand format devant deux verres de bières et de sirop de menthe. Une fois que nous passâmes la porte, la pluie battait le pavé de plus belle.

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58, Rue de Saint-Jean

Depuis des années qu’on rentrait d’un pas mal assuré de l’Usine, en empruntant le Sentier du Ravin (c’est le vrai nom de la « Montée du Seujet », comme quoi vous aurez appris un truc aujourd’hui), on se disait, arrivant en soufflant et crachant nos pauvres poumons réduits à l’état de petites croûtes noires sanguinolentes (j’en rajoute un peu, c’est pour le mélodrame) en haut de la pente, donc, on se disait, je sens que je perd le fil, oui, « marrante cette terrasse de bistrot au premier étage, faudrait que j’aille faire un tour un jour ».

Et c’est ce qu’on a décidé de faire l’autre soir. Sauf que l’affaire n’est pas si simple: une fois qu’on eut fait le tour du pâté de maison nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas d’entrée. Enfin, il y avais bien une boutique de kebab et un fast food asiatique aux allures aussi douteuses l’un que l’autre qui donnait sur la rue; mais rien qui ne rappelle un bar. Dans le doute, on entra dans le kebab, d’ailleurs vide de client et de personnel, et nous découvrîmes un escalier qui descendait à la cave, avec une table et des chaises à l’horizon.

On croise un employé du kebab qui nous confirme qu’il s’agit d’un bien bar au sous-sol, et nous prenons donc la route du carnodzet. Et là, surprise, c’est aussi le sous-sol du fast-food asiatique.

Ça alors.

Nous nous attendions a trouver un italien fumant le cigare sous une lampe de billard, unique silhouette visible dans le faisceau de lumière, au milieu d’un tas de billets, en face d’une bouteille de Chianti. On voyait déjà deux gangsters en costumes rayés, un chapeau penché sur un œil, un étui a violon sous le bras, s’approchant de nous sur un claquement de doigts; et sortant d’incroyables mitraillettes Thompson 1928, puis se jetant derrière le bar pour échanger un duel digne des plus grand films policiers en noir et blanc.

Il n’en fut rien.

Contrairement a ce que nous imaginions, nous ne trouvâmes qu’un bar quasiment vide; tout ce qu’il y a de plus banal: une vingtaine de place, un écran plat branché sur Eurosport et une compilation de hits des 80’s en musique de fond. Bière Cardinal dans les prix normaux (3.50.-) sans mauvaises surprises.

Nous l’élisons néanmoins Bar de La Fin Du Monde et « coup d’bol de la Rédaction » pour sa situation, et aussi pour son ambiance, on va pas vous mentir, plutôt glaciale.

- Dis donc, entre parenthèses, il est pas commode a trouver ton coin, là: ça fais une plombe que j’tournes!
- La police tourne autour depuis dix ans…elle a jamais trouvé, héhé.

[Les Tontons Flingeurs]

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