33bis Rue de Lyon - « Coup de Boule de la Rédaction »

Au cours d’un barathon mémorable, le duo de joyeux drilles que nous sommes est tombé sur la perle rare: Situé dans un quartier populaire aux abords de la Gare Cornavin, la vitrine recouverte de guirlandes faiblement clignotantes et de sapins en plastique blanc (nous étions en période de fêtes) semblait se cacher dans le décors gris et sangloter « pitié, n’entrez pas ».

Téméraires, nous entrâmes.

Immédiatement, un père Noël biscornu et suspendu au milieu du bric-à-brac se mit à jouer « Jingle Bells » d’un son aigu et lent (fin de piles?) dans la plus pure tradition des décorations fabriquées par des enfants enchaînés dans des caves thaïlandaises.

Presque simultanément, une odeur de fondue mêlée à celle de mobilier rarement lavé et de vieilles personnes fâchées avec leur savon nous montâmes aux narines.

La taulière, verre de vin blanc à la main, cigarette en bouche; nous demanda, d’une moue rebutée, ce que nous désirions. Après avoir servi une fondue à un des trois autres client (ils mangeaient chacun une fondue, seuls); et toujours la clope au bec, elle nous amena nos deux bières pression.

En portant les verres à nos lèvres, nous sentîmes soudain nos sens se mettre en alerte. Un peu comme quand, mal réveillé, on se sert un grand verre d’eau de javel à la place du lait, le matin. Nous avalâmes avec peine une première gorgée de ce qui fut la pire bière de notre vie! Sous une apparence de Cardinal à 3.80.- (pas donnée pour le quartier), nous découvrîmes une bière -je sens que certains vont croire que nous exagérons- puante et remplie de grumeaux! Comme si la tireuse avait moisi sur pied depuis belle lurette.

La radio fit résonner dans l’atmosphère « Roxane » de The Police. En nous souvenant d’un vieux jeu à boire, nous essayâmes de boire une gorgée à chaque « Roxane » prononcé. Au milieu du verre, nous fûmes sauvés par un changement brusque qui remplaça la radio par une vieille cassette de Johnny Halliday.

L’estomac au bord des lèvres, nous profitâmes d’une discussion entre la patronne et le cuisinier (sans doute son mari – cheveux longs à l’arrière d’un crâne chauve et visage rougeaud, habillé d’un costard démodé) pour mélanger nos deux restes de bières et pour aller jeter son contenu aux toilettes (qui, étonnamment, étaient propres).

Nous avons continué notre barathon après nous être arrêté deux fois pour tenter de vomir (nous n’y sommes pas parvenu – les grumeaux bouchant notre gorge, probablement). Au prochain troquet, nous avons dû prendre deux Cocas pour nous désintoxiquer avant de recommencer nos chroniques.

Situation: Abords de Cornavin | Chroniqueur: olive | 12 Commentaires »