On nous avait dit « le quartier de St. Jean grouille de bars! ». C’est faux: les seuls arcades que l’on peut y trouver sont des tea rooms et des restaus. D’ailleurs, ils étaient tous fermés, ce dimanche-là, alors que nous titubions sous la pluie avec la Tribune des Sports en guise de parapluie.
On fini tout de même par trouver une porte ouverte: celle du café-restaurant « Chez Tomy » qui semblait correspondre aux critères de bases. On s’est donc assis en attendant nos Feld Hopfenperle à 3.50.-.
La déco, tout de suite, nous frappa: un Elvis sur le bar, entouré de bric-à-brac, et encadré dans une guirlande clignottante semblait se dire « Mais qu’est-ce que je fous ici? » ou encore « Ne soit pas cruel avec un cœur vrai, je ne veux aucun autre amour, bébé, c’est juste toi à qui je pense ».
Alors que le service du restaurant allait commencer, un groupe de gens -probablement des amis des gérants- s’étaient mis en tête d’accrocher un support mural pour télévision, juste là, maintenant, au dessus des tables.
Ça aurait du être envoyé en 10 minutes, mais un point du mode d’emploi ne devait pas être clair; puisqu’ils n’avaient pas fait la moitié lorsque nous sommes partis. « On la met comment? Comme ça? » proposait l’un, en tenant un bout du support à 45°, debout sur une table. « Mais non, y a la lampe là. » rétorquait l’autre. C’est vrai que poser côte à côte un écran plat et une lampe n’est peut être pas une très bonne idée. Toujours est-il que le premier conclut par un « De toutes façon cette lampe n’a jamais vraiment marché » (alors qu’elle était allumée).
Derrière eux, le mur du restaurant faisait dans le rustique: une fourche en bois côtoyait des lampes old school et des délicieuses faïences. Ça ne jurait quasiment pas avec le coin bistrot qui était décoré de plaques émaillées représentants des petits chiens et des pubs coca-cola, au dessus d’un long rideau richement cousu et d’un petit auvent en bois.
Comme c’était plus ou moins le seul débit de boisson ouvert dans le coin, la salle se peuplait peu à peu d’une étrange faune que nous décririons par « des sortes de cailleras, mais vieux. » Casquettes, trainings, language « ouaiche-ouaiche », pose décontracté dite « du mollusque » et attitude sans-gène. Mais dans les trente, trente-cinq ans quand même…ça devrait pas grandir.
Nous partîmes alors qu’ils commençaient à draguer la serveuse qui devait bien avoir dix ans de plus qu’eux, en achevant un paquet de chips grand format devant deux verres de bières et de sirop de menthe. Une fois que nous passâmes la porte, la pluie battait le pavé de plus belle.



