21 Rue Prevost-Martin
Un aigle géant et autocollant du H.C Servette plongeant sur une proie invisible décorait la vitrine de ce petit troquet coincé entre un escalier et une laverie automatique de la rue Prévost-Martin.
A 2 mètres de l’entrée, un sympathique pèlerin, visiblement pas dans son assiette nous hèle:
- Je peux vous demander un service?
- Dis toujours.
- Vous pouvez m’aider a finir mon joint?
Et joignant le joint à la parole, il tend le geste. Enfin, l’inverse quoi.
- Maintenant je peux vous demander un deuxième service?
Haha petit malin.
- …ce serait de me filer cinq francs cinquante: deux francs cinquante pour un café, et trois francs pour payer un verre de vin au patron.
Mac, qui n’avait pas fait de B.A du jour, lâche six francs au bonhomme.
Nous entrons, précédé du gus, qui s’avérait s’appeler Toto alias Greg. Nous nous asseyons et observons la décoration des lieux.
Képis de gendarmes, télé éteinte, écharpe et photo du Servette H.C, assiettes peintes, frigo à glace. La base, quoi. Au dessus des bouteilles, ce fameux tableau qui fait la joie des shops indiens et des kebabs: la cascade lumineuse qui donne l’impression de couler - je sais que vous voyez laquelle. Ainsi qu’un panneau « faut pas emmerder les petits ».
Au milieu de la pièce trônait une sorte d’étrange demi-bar; comme si on avait coupé un bout de zinc et qu’on l’avait mis là en attendant mieux.
Greg-Toto, qui venait de s’envoyer le blanc « pour le patron » qui était a deux doigts de le lui refuser, et qui ne semblait pas avoir bu de café; tentait de faire ami-ami avec un client affalé au comptoir. « J’suis pas pédé hein, t’inquiètes! Arf arf arf» mais le client restait de bronze.
Au centre, le demi-bar. Au fond à droite, Greg aka Toto.
Entre temps, nous avions descendus nos deux Feld’ à 3.20 les 3 décis. De bonne facture, de quoi souffler cinq minutes.
Toto-Greg se dirige vers nous de son pas mal assuré, aggravé par des sandales 3 tailles trop grandes et nous confie que nous, au moins, on est sympa et par hasard on aurait pas encore un peu de fric? Nous répondons que non, et il se lance dans ce monologue:
« La prochaine fois, dès que je touche l’hospice, on s’appelle et je vous paie des coups! Promis. Vous avez pas un numéro? Non? Bah on se recroise alors. Mais faut me le rappeller parceque… (il montre sa tête et la tapotte de son doigt) …vous me direz le nom du bar et paf je m’en souviendrai. C’est quoi le nom ici? (il sort et regarde la vitrine) « Bière Pression » c’est ça le nom. Vous me direz et je vous paie un coup. Dès que je touche l’hospice. Allez, j’vous laisse j’vais à la Sportive. Je me suis embrouillé avec une serveuse mais je pense qu’elle m’a pardonné. Salut. »
Ils ont du se marrer à la Sportive. D’un autre côté, ils ont l’habitude.







