18 R. Buttini.

 

Nous étions toute une bande, batifolants en plein barathon à la Rue de Lausanne quand une enseigne attira notre attention.

La carte de visite: chef d’œuvre de graphisme contemporain.

Le bar était tout en longueur, on se serait difficilement assis autour d’une table, d’autant que la seule grande était occupée. On se posa donc au zinc et commandâmes une tournée de Carlsberg à trois francs cinquante.

Le patron, d’un sourire partiellement édenté, nous appris qu’il n’avait plus de verres propres. Il lança donc une machine et nous fit patienter en servant à l’un d’entre nous une bière dans le seul verre qui avait échappé à la règle.

Au bout de quelques minutes (lavage, séchage et tirage du nectar) nous trinquions à la santé de la fin du monde, tandis que quelques étranges peaux surnageaient dans mon verre. Je ne peux pas parler pour les autres, mais mes efforts pour les enlever se révélèrent inefficaces.

L’amménagement était plutôt rustique: baril incrusté dans le mur et décoré de fausse vignes, tables dont les pieds étaient remplacés par un tonneau, drapeaux, écran plat et tout le tintouin habituel.

 

Jorge la poule.

Devant nous s’étalait un micmac de verres, bouteilles, ustensiles divers, petits bibelots et une collection de sauce maggi et d’aromat. Un peu plus loin, un essaim de moucherons se régalaient des miasmes de l’évier.

De temps en temps, un courant d’air provenant des toilettes pouvaient laisser penser que des problèmes d’égouts sévissaient depuis peu dans les lieux.

Une fois les hiéroglyphes de la quittance déchiffrés et la tournée réglée, nous sortîmes dans le crépuscule naissant et partîmes vers l’horizon biscornu dessinant la silhouette des pâquis.

La quittance: chef d’œuvre de mise en page informatique.

Situation: Quartier des Pâquis | Chroniqueur: olive | Pas de commentaires »

13, Quai de l’Île

Qui aurait pu penser qu’un bar de la fin du monde aurait choisi comme lieu de naufrage le quai de l’île, habituellement peuplé de banques et d’assurances, de restaurants branchés et de touristes perdus? Personne, sauf vos deux chroniqueurs de l’impossible préférés. Ne mentez pas, on le sait.

Poussés par la curiosité, nous nous approchâmes donc du bar. La vitrine bariolée nous faisait de l’œuil et affichait fièrement en une mise en page (ou plutôt en vitre) plutôt chargée quelques slogans typiques: « Dernier vendredi du mois: soirée à thème » « De 17h00 é 22h00 : Tapas accompagnées de vin de garde ».. « The toilets are only for clients » annonçait une pancarte sur la porte, en grosses lettres grasses.

Une fois assis a l’intérieur de la petite échoppe, et après avoir trinqué avec deux Feld’ Hopfenperle à trois francs soixante, nous eûmes le loisir d’admirer la décoration surchargée. Quelques incontournables peintures moches, un filet de pèche côtoyant des ballons de foot au plafond, des gravures représentant des voitures de collections, des cartes postales, du fourbi.

Une vieille réclame pour un apéritif nous surplombait: la peinture était si mauvaise que la fille représentée en train de boire ressemblait plus à un vieux travesti qu’a une pin-up publicitaire.

Sur la table, une promotion ventait le champagne à 23 francs les 20 cl « pour une soirée en tête à tête ». On imaginait pas vraiment le rencard romantique dans ce décors, entourés de la clientèle agrée avec costards usés et moustaches de concours. Mais bon, tout les goûts sont dans la nature, fût elle ingrate.

Lorsque nos partîmes, le personnel nous gratifia d’un « bonne soirée! ». Il était 16h. 

 

Situation: Centre-Ville | Chroniqueur: olive | 4 Commentaires »

79 Rue des Eaux Vives

Parfois le chroniqueur sort en solo, sans son fidèle « alcoolyte », ou même avec son amoureuse. Mais même dans ces moments-là, son instinct le pousse vers des bars de la fin du monde. Ce soir là c’était la morosité qui m’accueillit en son sein.

J’attendais donc ma chère et tendre autour d’une Hopfenperle à 3.30. C’était pas loin de 20h30, le ciel s’assombrissait et les voitures se transformaient en traînées lumineuses. Il faisait froid.

Le troquet dans lequel je siégeait était désert, hormis le tenancier et une femme d’âge mûr lisant le journal que j’imaginais être sa femme. Un vieil homme, debout sur la terrasse, hésita a rentrer. Puis disparu.

La salle principale se divisait en deux: une partie allumée contenant des tables et une éteinte avec un nécessaire a paninis et petites restaurations. Une arrière-salle vide et obscur conduisait a un bureau ouvert et aux toilettes, coincées dans un angle sombre. La lumière n’était apparemment pas une amie du décorateur des lieux.

Au mur, au dessus d’une plante verte, l’écriteau « pas de vente d’alcool aux mineurs » était contenu dans une fourre fripée et jaunie. La radio entama une version livre de « J’ai demandé à la lune » qui manqua de m’arracher une larme.

Dix fois de suite, un moucheron se posa sur le rebord de mon verre. Je le chassais d’un geste de la main, mais il revenait a la chasse. Saleté de bête.

Je terminais un chapitre d’un roman de Fante qui me tenait compagnie, quand ma copine entra. Elle  s’assit, commanda une bière et je ne pus m’empêcher de lui chuchoter « c’est la foire à la déprime ici! ». Apparemment, je chuchotais un peu fort, puisque le taulier me jeta un regard par dessus l’épaule qui me fit l’effet d’un coup de poing dans le dos.

Alors qu’une amie nous rejoignait, le patron nous prévint que le bar fermait. Il était 21h, un samedi soir. Nous avalâmes nos bières et sortîmes. En claquant, derrière nous, la porte semblait gémir une dernière fois avant de sombrer dans l’oubli.

Situation: Quartier des Eaux-Vives | Chroniqueur: olive | Pas de commentaires »