3, route de Chêne.

Nous marchions en direction de la Gare des Eaux-Vives, où un lecteur nous avait balancé une adresse. Le long de la route et des rails de tram, une petite arcade nous ouvrit les bras.

Certains tenanciers optent dès le début pour une décoration épurée, design, aérée. Ici, c’était l’extrême inverse. Sur le miroir doré du fond, des autocollants « Yo ♥ Real Madrid » et « Yo ♥ Barcelona » semblaient avoir été posés à la va-vite et un peu aléatoirement. Derrière nous trônait un poster du film Titanic dans un cadre (!) et d’autres flyers scotchés: « El Rey de Europa », « Barça 93-94 »…

Un autre cadre, dans l’angle du mur, exhibait une collection de photos prises dans le bar, pour les 100 ans d’un homme dont nous avons déduit qu’il devait être un habitué. A l’entrée, le porte-manteaux mural témoignait d’un combat acharné à la perceuse, en vue des nombreux trous qui l’entourait et des vestiges de clous tordus.

L’ambiance était au jeu, puisqu’un simple coup d’œuil nous fit découvrir deux tactilos, un distributeur a rento/tribolo et une arcade de jeu “Maxx, Jade Edition”.

 

Contre le zinc, une grille d’aération (ou d’évacuation de je-ne-sais-quoi) ne risquait pas d’être volée: elle était maintenue prisonnière avec un gros cadenas.

Contre la vitrine, un minuscule aquarium presque aussi rempli que le bar, hébergeait deux gros poissons tandis qu’au dessus de nos têtes des plantes en pots (décorés d’un goût certain) jouaient les alpinistes.

 

Une horloge représentant le stade du Barça un peu passé nous rappelait que l’heure tournait.

Nous payâmes nos deux 1664 à 3.30.- en remarquant au passage que la caisse enregistreuse de l’établissement était aussi large que celles des coop de notre enfance. A la dernière minute, une envie pressante envoya Mac du côté des aisances et ajouta un bonus a cette chronique. Pour se rendre aux W.C il faut:

  • demander la clé au bar
  • traverser l’établissement
  • contourner des futs de bières
  • enjamber la cuisine
  • saluer les poubelles pleines a ras bord au passage
  • finalement se retrouver dans les minuscules toilettes dont la porte, c’est bien la peine, ferme mal.

Nous poussâmes la porte et partîmes vers la suite des événements.

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47 Rue de la Servette.

 

L’odeur de friture et de graisse saturée nous avait aimablement proposé de nous installer en terrasse.

La terrasse, donc, est en fait composée de deux tables et de quatre chaises posées sur le trottoir, d’où l’on peut admirer la circulation du tram et des colonnes de voitures, en emplissant nos poumons déjà bien affectés de gaz d’échappement.

el espanol

Nous dégustions nos Heineken à 3.30.- servies dans des verres Wittekop en admirant le t-shirt « Ecuador » élégamment accroché à la vitrine quand ce dialogue d’anthologie nous atterrit en pleine face.

Un homme style alcoolique mal rasé croise la route de deux grands costauds en costume-cravates noirs et ray-ban des familles. L’archétype des maffiosi de films.

Le premier, aux deux autres:

Alors? Ta sœur? Elle t’a filé le paquet?

Un des costauds, continuant à marcher:

Non.

Non? Elle t’a rien filé?

Mais si. Pfff.

Regarde ça: ça fais 60 kilos tout…tout…tout mesuré…tu fais rien. Maintenant t’as ta danseuse, tu va pouvoir la taper!

Les costauds lui font un doigt d’honneur et continuent leur route, agacés. Le mec s’assied alors, compose un numéro sur son natel et engueule son interlocuteur/tice:

Je viens de croiser tes copines, là…ouais tu sait bien de qui je parle…exactement…alors tu va leur dire…wais…tu va leur dire…wais…bon j’me fâche pas maintenant, je veux pas déranger les collègues…les voisins de…de terrasse.

Vous ne nous dérangez pas du tout, rétorque Mac qui voulait connaître la suite de l’histoire.

Ne vous inquiétez pas, répond l’homme soudain dégrisé, je ne parlais pas de vous mais de ses voisins. Ses voisins de terrasse. Et je vous rassure, ce n’est ni une histoire de dope ni une histoire de pédés, quoi qu’on puisse en penser.

Un sosie de Bukowski arrive en scène, pardessus vert militaire, vieux mégot, braguette fermant avec une épingle à nourrice, journal et vieux chiffons débordants des poches, et sors une phrase comme seul les copains de bistrots savent les faire; du genre « t’es pas encore dans les bras de ta gonzesse ? » ou quelque chose du même tonneau.

Voilà d’ailleurs la preuve du contraire, souligne notre interlocuteur, satisfait, en commandant une deuxième bière et un café.

Nous n’avons pas eu le fin mot de l’histoire, notre tram n’allait pas tarder et une faim qu’aucun café-cantine comme çelui dans lequel nous nous trouvions ne pouvait épancher ce faisait sentir. 

 

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Un dessin nous a été envoyé par Monsieur Sacha qui avoue bien aimer nos chroniques et qui nous envoie ce fan-art “pour la branlette” selon ses propres dires.

Fanart Sacha

Merci, Sacha, nous t’inviteront à prendre un verre dans le bistrot de ton choix. Voir liste dans la colonne de droite.

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