17, rue des Etuves

Dans la lugubre rue des Etuves, au 17, se terre un petit bouiboui qui survit depuis 30 ans: La Bretelle. Bar tout publique, véritable cour des miracles où tout peut arriver. Chaque  soirée est une aventure différente.

Se tenant à l’extérieur on perçoit des rideaux rouges, tirés, comme pour tenter d’éviter d’effrayer le pauvre citoyen qui passerait par là. Sur une ardoise on peut y lire: “OUVERTURE: 18h02″.

Après la lourde porte poussée, le rideau vaincu, on rentre et on aperçoit le melting-pot du  soir. D’un seul coup d’oeil on sait si ça va dégénérer ou non. Notre chemin est alors barré  par un jeune couple se disputant et, à peine contourné, la fille (tenant un verre de vin)  nous demande si on peut pas lui offrir une bière. La surprise passée, on manque de peu d’écraser la patte d’un toutou. Après s’être fait enguirlander par sa maîtresse, on s’assieds docilement à une table.

La décoration des murs est constituée de panneaux muraux peints et représentants des célébrités disparues en train de fumer. Dans un coin on peut y lire: TABACO - IN MEMORIAM. Sujet brûlant d’actualité si j’ose dire.

Marc le tenancier, coiffé de son éternel chapeau, nous sert une Hopfenperle en bouteille bien fraiche. On se sent instantanément plus léger de 4.00 Frs.

De pas si loin, on peut assister à une scène étrange qui se déroule au bar. Un Paraguayen  fou, sort à tout bout de champs une sorte de marionnette à tête humaine, et l’agite devant  le visage des autres clients pour aussitôt la remettre dans un sac de jute.

Malgré les rencontres effarantes, il est vrai que la Bretelle a changée et qu’elle a perdue  certains de ses attraits depuis sa rénovation: Les cafards ont disparus, la fresque des sept pêchés capitaux aussi, le jukebox vaporisé, la scène anéantie… Par contre Loly la  fidèle cliente est toujours là, pestant sur le pauvre serveur si on ne lui sert pas un  rouge-qui-tâche rempli à raz-bord.

C’est alors que le marionnettiste fou commande trois shots d’un liquide trouble. Alors que Marc le sert, il lance: “regarde pas la limite du verre, ça m’énerve”.

Soudain, un énergumène entre en hurlant des propos insensés, il persistera malgré les  menaces d’interdiction. Si par malheur il traverse votre chemin, vous serez gratifié d’une  fougueuse bise pleine de bave aux relents de reflux acide, et ce sera bien fait pour vous!  (ce personnage, n’est autre que le type en peignoir et pantoufles de la Sarine, mentionné  dans les bonus du Tome 1). Excitant, non?

La musique du soir était du type variété française. En commandant nos seconds  antidépresseurs, Marc nous gratifie d’un: “Tu penserais quoi d’un pogo sur Gainsbourg?”. “Euh… un autre soir peut-être?”.

Finalement, dans le désordre le plus total, la bretelle c’était: des pochtrons fous, des  camionneuses agressives, des artistes égarés, des visiteurs dégoûtés, un chevelu chauve  cuvant son absinthe. Il y aurait encore tant à écrire!

Soyez fou! L’espace d’un traumatisme, rentrez dans l’univers du bal des estropiés…

Situation: Centre-Ville | Chroniqueur: Dan | Pas de commentaires »