rue de Montchoisy 20

L’hospitalité est le mot d’ordre au Gobelet, on y mange bien on y boit bien et l’accueil est digne d’un chalet transalpin. Pourquoi s’en priver! Les tenanciers joviaux, Eric et Letizia, sauront vous inonder de bonheur!

Un soir nous nous décidons de rentrer en slalomant entre les fumeurs statiques, entassés devant la porte. Le regard méfiant des habitués se fait immédiatement sentir, ils dominent assurément le lieu. On imagine clairement que c’est un peu leur dernier bastion de liberté où ils peuvent se pochtronner en toute sérénité.

Une serveuse à la tout relative jeunesse et aux cernes aussi monumentales que celles de Derrick passe prendre notre commande. On la sent dubitative quand aux raisons qui auraient bien pu nous pousser à entrer dans cette gériatrie.

Au fond du bar là où on y est le mieux préservé, s’y trouve une inscription, affichée tel un commandement: “NON FUMEUR MAIS BUVEUR”. La musique est résolument années 80 avec des formations et artistes tel que Queen, Les Eagles, Michael Jackson…

Tandis que je me laisse berçer par les hits d’un autre temps, une Feldschlossen délicieusement fraîche (au prix de 3.70 Frs) se pose devant moi sur une table en formica vert authentique. Santé!

Mais qu’est-ce? On entend au loin un perroquet en plastique d’où émanent des sons diaboliques. Apparemment, si vous tapez dans vos mains, un oracle en language perroquet s’ensuit. L’on essayera pas car il sera monopolisé par un petit couple de vieux hilare. Leur seule et unique distraction.

Apparaissant soudain du fin fond de ses casseroles, un cuisinier barbu avec une carrure de Grizzli s’impose en tant que serveur et s’entretient avec les clients avachis au comptoire. L’ayant ignoré l’espace de quelques gorgées, il nous ramènes soudain à l’ordre en hurlant à un client: “Tu pourrais être mon fils, j’ai quinze ans de plus que toi, alors tu t’calme!”. Nous ne connaîtrons jamais l’origine du conflit… Mais le voulons-nous vraiment?

S’ensuit alors une discussion intense sur le mariage:

- Cuisinier Fou: “Après vingt-cinq ans, le mariage c’est dur quand même!”

- Pochtron: “Mouais, en tout cas c’est pas toi qui a inventé le divorce!”

- Pochtronne: “Ah! Je le savais! J’aurais dû me marier avec toi!”

Après toutes ces émotions une vidange s’imposait et malgré le faît que je devais frôler les gens du bar, ils ont tous été très poli. Une politesse d’apparence et bien rôdée, car en entrant dans les toilettes j’ai manqué de peu de glisser sur une épouvantable flaque d’urine: il n’est que 20h moins trois pour mille dans le sang.

Une précision tout de même, le Gobelet ce n’est pas seulement des soirées de messieurs-dames en fin de (bouteille d’eau de) vie, c’est aussi de l’évenementiel. Car c’est bien connu, il n’y a pas de fumée sans fondue et durant les championnats de football, une saine ambiance composée de supporters intransigeants, de piliers au regard mystérieux et d’ainés survoltés feront tout pour vous combler de moments inoubliables!

Situation: Quartier des Eaux-Vives | Chroniqueur: Dan | 1 Commentaire »

C’est un vendredi treize, mais nous bravons tous les malheurs en explorant ce café-restaurant de la rue de Carouge. Loi anti-fumée oblige, plusieurs tables de bistrot à l’extérieur servent de support à cendrier. D’ailleurs, avant ladite loi, l’établissement devait être pas mal envahi par les fumeurs, si l’on juge d’après le nombre de ventilateurs qui sont suspendus au plafond ou insérés au-dessus des portes d’entrée. Oui, portes au pluriel : malgré la petitesse de la salle, il y en a deux. Et des façades vitrées des deux côtés aussi. Il ne fait donc pas si sombre que ça, mais cela ne nuit pas à la glauquitude.

La salle est décorée avec un goût certain : des tableaux représentant le château de Chillon, des roses, des voiliers, des cerfs dans la forêt automnale ; des mini-étoiles de Noël sur les tables ; des brins de guirlandes et ramoneurs en plastoc qui rappellent la dernière saison de Fêtes. La musique de fond du style « radio Nostalgie » se marie harmonieusement aux images télé (sans son, elle, heureusement) – point d’écran plat moderne installé pour les tournois de foot, mais plutôt le gros machin cathodique allumé tout le temps. TF1 tourne en boucle.

On distingue aussi une collection d’annuaires téléphoniques accompagnée de celle de la Feuille d’Avis Officielle du canton.

Il y a une douzaine de tables, on est assis sur des bancs qui rappellent la salle d’attente 3e classe des CFF il y a 50 ans. Nous commandons une pression (3 dl de Feldschlösschen à 3.40 CHF) et un panaché (10 centimes de plus – ça doit coûter cher de nos jours, la limonade). La patronne (?), une femme sans âge, a failli renverser les verres lorsqu’elle nous les a apportés. En retournant à sa table pour vérifier les résultats du lotto (on est vendredi 13), on constate qu’elle doit approcher le journal à 5 cm du visage pour arriver à le lire.

La clientèle est constituée de sexagénaires, les rares cheveux collés avec du gel sur la tête, portant des anoraks colorés et des lunettes de maquereau. Deux de ces types sont assis à la table à côté de la nôtre, la serveuse vient vers eux en leur montrant quelque chose sur le 20 minutes : « Vous voulez aller en Sibérie ? » Un client : « Moins 45 ? C’est ma température préférée ! » La serveuse : « Faut être bourré alors… ! » Non, on ne sait pas s’ils ont fini par réserver une cabine pour la prochaine croisière nordique.

Nous attrapons ensuite quelques bribes de conversation (plutôt style monologue dans ce cas-là), où l’on débat en vrac de Guy Bedos, Mireille Mathieu, des Beatles, des M17 et des Stones « Ouais, parce que les Stones c’est vraiment pas pareil, hein ! ».

Nous ne sommes pas trop tentées de prolonger notre séjour en recommandant un deuxième verre, mais un passage au lieu d’aisance s’impose (à des fins d’inspection, bien sûr). Au premier coup d’oeil, ça a l’air clean malgré quelques petits dégâts matériels : le dérouleur de PQ est cassé, la touche de la chasse d’eau fondue, un lavabo (ou pissoir) a été enlevé du mur et on y distingue ses vestiges, et il y a un gros bouton scotché de partout où il est écrit en gros NE PAS APPUYER. J’avoue que c’est quand même tentant…

Situation: Abords de Plainpalais | Chroniqueur: AnnaDoro | Pas de commentaires »