Introduction au concept de Bars de la Fin Du Monde

L’idée de dresser une liste des pires troquets, initialement nommés « bars du bout du monde » par les pionniers du projet avorté, Etienne Kuster et Adrien Savoy a été reprise et rebaptisée « bars de la fin du monde - tour de Genève des lieux typiques et pittoresques» quelques années plus tard par Mac et Olive, repreneurs du projet. Peut être en hommage à Douglas Adams? Mais ça c’est une autre histoire…

La pièce originelle s’ouvrait en ces termes:

« Il vous est sûrement arrivé que, par le destin ou la menace, vous fûtes rentré dans un de ces établissements caractéristiques: ambiance plate et limbaire, déchirée entre les grognements d’ivrognes et les vieux tubes d’antan, perdurant le jour comme la nuit. »

Vous tenez à portée de souris l’antiguide touristique par excellence. Payant de leurs maigres économies et risquant leur santé mentale et physique a chaque détour de bistrot, les rédacteurs de cet ouvrage arpentent les rues de Genève en quête du Lieu Ultime.

Çelui où on s’attendrait à voir accoudé au zinc, un hypothétique Gainsbourg aux yeux jaunes et vitreux, un Alfred Jarry du temps passé, vissé a son verre d’absinthe pure (ne disait-il pas que l’eau est un liquide si impur, qu’une seule goutte suffit pour troubler l’absinthe?) ou encore une armée de Bukovski en puissance.

A l’image des films de séries Z mal joués et mal montés, tels que les décrivent avec brio les auteurs de nanarland.com ou des Craignos Monsters de Mad Movies; juger du mauvais en lui donnant des points n’est pas tâche aisée.

Nous avons donc sélectionné quelques critères biens précis: Personnel, installations, clientèle, architecture, décoration.

Un vieux taulier mal rasé, fumant un bout de mégot et toussant dans les verres, donne par exemple une excellente note; alors qu’un serveur banal et poli fait chuter le nombre de points. Un bar rempli d’alcooliques semblants faire partie des meubles, racontant des blagues grivoises et partants simultanément dans un canon de rires gras, pendant une partie de Jass; est pour nous du pain béni. Mais d’autre part, un énorme établissement plongé dans une obscurité inquiétante et complètement vide, fonctionne aussi. C’est pourquoi nous avons du développer les articles sous forme de chroniques, plutôt qu’en leur attribuant simplement un nombre d’étoiles, de points ou de têtes de mort.

La moyenne d’âge joue un rôle primordial: plus elle est élevée, plus la qualité du lieu baisse, plus il devient un bar de la fin du monde.

Le jeu, le tabac et la boisson avilit l’homme, c’est bien connu. De ce fait, un bar embrumé ou le bruit des verres qui s’entrechoquent se mêle aux rots des clients gagne des points si il est additionné d’une machine à sous, d’un flipper ou d’un vieux jeu d’arcade. Bien sûr, la musique et, surtout, la télévision -apanage du mal-être moderne et antisocialisant par excellence, joue un rôle important dans la désignation des bars de la fin du monde.

Le décors doit aller de paire avec l’ambiance: un portrait du Général Guisan, une nappe brodée avec un mauvais goût certain, une bonne blague imprimée depuis Internet et scotché au mur des toilettes (par exemple « qui tire la chasse perd sa place » en Comic Sans MS, enluminé d’un clipart) ou encore une affiche annonçant un tournoi de pétanque (passé depuis des années, bien sûr) ou un bal musette en faveur de la gendarmerie du quartier, est toujours du plus bel effet.

Alors que les critères précédents tendent vers l’affreux, nous faisons exception pour le prix et la qualité de la bière. Parceque si boire l’apéritif dans un infâme décors au son d’une musique kitch à souhait est toujours rigolo; il suffit d’une mauvaise bière ou d’une addition salée pour gâcher le plaisir.

Nous avons décidé de bannir, sauf exceptions, les café-restaurants et les kebabs; pour se consacrer uniquement aux bars et aux cafés sans restauration. En tolérant toutefois une certaine marge, et en acceptant les traditionnelles préparations de croque-monsieur au jus de chaussette ou de sandwiches jambon périmé-beurre rance.

Nous avons également exclu certains bars que nous aimons et où nous passons beaucoup de temps tels que le Tiki’s Bar ou le Moloko; à qui nous aurions aimé pouvoir faire un peu de pub; mais qui sont bien trop bons pour la recherche qui nous intéresse. Nous tenons néanmoins a les saluer au passage.

Bref: Nous avons vu l’Assomoir d’Emile Zola se dessiner sous nos yeux, nous avons goûté au Tord-Boyeau de Pierre Perret. Nous en sommes revenu.

Voici notre témoignage.